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    Nuit de cristal : dommages et victimes

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    Quel niveau de violence et de dommages les communautés juives allemande et autrichienne ont-elles subi au cours du pogrom de la Nuit de cristal ?

    Les négationnistes de la Shoah affirment que :

    Pendant la Nuit de cristal, les dommages causés aux biens des Juifs et la violence contre les Juifs furent bien inférieurs à ce que les historiens ont suggéré, tant pour le nombre d’agressions que pour le bilan des morts.

    David Irving et Ingrid Weckert, par exemple, sont deux négationnistes de la Shoah qui minimisent l’importance de la Nuit de cristal pour les Juifs allemands et autrichiens. D. Irving affirme que « […] environ 7 500 des 100 000 magasins eurent leurs fenêtres brisées ».[1] De même, I. Weckert qualifie les rapports sur l’étendue et la nature des dommages de « fortement exagérés ». Elle cite 171 synagogues détruites, 7 500 magasins endommagés, et seulement trois morts.[2]

    Les faits sont les suivants :

    Les preuves démontrent que la destruction et la violence associées à la Nuit de cristal étaient beaucoup plus importantes que ne le prétendent les négationnistes de la Shoah. Cela peut être démontré de multiples façons : le nombre d’entreprises juives et les synagogues détruites, la destruction massive des biens personnels des Juifs, et le nombre de Juifs agressés et assassinés. Les négationnistes de la Shoah minimisent l’impact de la Nuit de cristal afin de minimiser la souffrance subie par les Juifs aux mains des nazis.

    Destruction des vies et des biens des Juifs pendant la Nuit de cristal :

    Dans la citation rapportée plus haut, le négationniste de la Shoah David Irving banalise délibérément les dommages réellement causés aux magasins juifs en déduisant que seules leurs vitrines avaient été brisées. Cependant, même les nazis eux-mêmes avaient noté que beaucoup de magasins et commerces juifs avaient été totalement saccagés, et non légèrement endommagés.[3] Il est bien documenté que le pillage était endémique et que la plupart des affaires appartenant à des entreprises juives encore en exploitation ne se sont jamais remises financièrement de ce vol et de cette destruction de masse. De même, D. Irving prétend qu’il y avait 100 000 boutiques juives en Allemagne au moment du pogrom de la Nuit de cristal.  En réalité, en novembre 1938, la plupart des entreprises juives avaient été « aryanisées », c’est-à-dire que la plupart des entreprises appartenant à des Juifs avaient été vendues de force aux Allemands. Les nazis ont poussé les Juifs à leur vendre leurs entreprises bien en dessous de leurs valeurs réelles. Ce processus de vol légalisé fit que seules quelque 9 000 entreprises étaient encore détenues par des Juifs au moment de la Nuit de cristal.[4] Le chiffre de départ de D. Irving de 100 000 entreprises juives signifierait que 7,5% des entreprises juives avaient été endommagées ou détruites. Toutefois, 7 500 entreprises détruites sur 9 000 signifient que 84% des entreprises appartenant à des Juifs furent endommagées ou détruites.

    Bundesarchiv Bild 119-2671-07, München, Kaufhaus Uhlfelder, Zerstörungen
    Dommages causés à un magasin à Munich pendant la Nuit de cristal. Bundesarchiv, Bild 119-2671-07 / CC-BY-SA 3.0 [CC BY-SA 3.0 de (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/de/deed.en)], via Wikimedia Commons

    D. Irving affirme également que « 36 Juifs parmi le demi-million vivant dans le pays avaient été tués […] ».[5] En réalité, au moins 91 Juifs furent assassinés et le total définitif fut indéniablement supérieur puisqu’un nombre inconnu de Juifs arrêtés pendant la Nuit de cristal est mort en détention. D’autres conséquences mortelles sont également apparues à la suite des violences. Rien qu’à Vienne, il y eut 680 suicides à la suite du pogrom.[6] Ces nombres de suicides devraient être inclus lors de l’examen de l’importance de la Nuit de cristal sur les communautés juives allemande et autrichienne.

    En ce qui concerne les dommages causés à la vie communale, D. Irving prétend également que « […] 191 des 1 400 synagogues du pays avaient été détruites […] ».[7] Contrairement à ses chiffres, les Allemands avaient eux-mêmes estimé, le 11 novembre 1938, qu’au moins 267 synagogues avaient été incendiées ou démolies pendant le pogrom.[8] D’autres estimations des synagogues détruites sont encore plus élevées. Il est possible que jusqu’à 520 synagogues aient été complètement ou partiellement détruites. Un historien, A. Diamant, estime que quelque 1 200 d’environ 1 800 synagogues et salles de prières avaient été détruites. Quel que soit le nombre exact, il est clair que le chiffre de D. Irving de 191 synagogues détruites est beaucoup trop faible.[9]

    Conclusion :

    Les preuves démontrent que les Juifs n’ont pas exagéré le nombre de décès, d’agressions et de dommages matériels survenus pendant la Nuit de cristal. Les faits ne vont pas dans le sens des tentatives des négationnistes de la Shoah, comme D. Irving et I. Weckert, de minimiser les souffrances et les dommages occasionnés. Les études récentes montrent que près de 85% des entreprises juives restantes avaient été détruites, qu’au moins 91 Juifs avaient été assassinés, et que beaucoup d’autres moururent après avoir été arrêtés, que ce soit en détention ou dans des camps de concentration. Les Allemands eux-mêmes notèrent que 267 synagogues avaient été détruites, bien que le nombre réel puisse avoir été sensiblement plus élevé.

    NOTES

    [1] David Irving, Goebbels: Mastermind of the Third Reich (Focal Point, 1996), p. 495. Ce livre peut être intégralement téléchargé au format PDF à l’adresse http://www.fpp.co.uk/books/Goebbels/.

    [2] Ingrid Weckert, Flash Point: Kristallnacht 1938: Instigators, Victims and Beneficiaries (Institute for Historical Review, 1991), p. 107.

    [3] Richard J. Evans, David Irving, Hitler and Holocaust Denial, Section (4)(4.3)(c)(iv)(6) à l’adresse www.hdot.org.

    [4] Richard J. Evans, David Irving, Hitler and Holocaust Denial, Section (4)(4.3)(c)(iv)(7).

    [5] David Irving, Goebbels: Mastermind of the Third Reich (Focal Point, 1996), p. 495.

    [6] Richard J. Evans, David Irving, Hitler and Holocaust Denial, Section (4)(4.3)(c)(iv)(3)

    [7] David Irving, Goebbels: Mastermind of the Third Reich (Focal Point, 1996), p. 495.

    [8] Richard J. Evans, David Irving, Hitler and Holocaust Denial, Section (4)(4.3)(c)(iv)(8).

    [9] Richard J. Evans, David Irving, Hitler and Holocaust Denial, Section (4)(4.3)(c)(iv)(8).