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    Introduction : camions à gaz

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    Qu’étaient les camions à gaz ? Comment fonctionnaient-ils ?

    Les camions à gaz étaient des camions de transport de marchandises normaux, spécialement équipés d’un compartiment à marchandises métallique étanche à l’air. Le système d’échappement avait été conçu de sorte que les gaz d’échappement puissent être redirigés dans le compartiment de cargaison étanche au lieu de sortir dans l’air par le tuyau d’échappement. Lorsque le moteur fonctionnait, les personnes enfermées à l’arrière du camion étaient empoisonnées par le monoxyde de carbone ou étouffées par le manque d’oxygène.

    Les mécaniciens allemands apportèrent secrètement des modifications qui redirigeaient les gaz d’échappement du moteur jusqu’au compartiment à marchandises. [1] Harry Wentritt, un contremaître d’atelier allemand, témoigna après la guerre des modifications spéciales apportées à son atelier : « un tuyau d’échappement flexible était installé à l’échappement du camion, avec un diamètre de 58 à 60 millimètres (2,26 à 2,34 pouces), et un trou de la même taille était foré dans le plancher de la camionnette ; un tuyau en métal était soudé au trou depuis l’extérieur, auquel le tuyau d’échappement flexible était attaché. Lorsque les différentes pièces étaient connectées, le moteur du camion était démarré et les gaz d’échappement étaient canalisés dans la camionnette, à travers le tuyau menant de l’échappement à l’orifice dans le plancher du camion ».[2]

    Truck similar to gas van. Original uploader in the Russian Wikipedia was Zac Allan, and then Jaro.p [Public domain], via Wikimedia Commons.
    Camion similaire à un camion à gaz. Mis originellement en ligne sur la version russe de Wikipedia par Zac Allan, puis par Jaro.p (domaine public), via Wikimedia Commons.

    A quoi ressemblaient-ils ?

    Walter Burmeister, un chauffeur de camion à gaz au camp d’extermination de Chelmno, se souvient de l’arrivée des camions à gaz : « Les camions à gaz étaient de gros véhicules, de quatre à cinq mètres de long et d’environ 2,2 mètres de large, avec un compartiment à marchandises d’environ deux mètres de haut (environ 13 à 16 pieds de long, 8 pieds de large, et 6,5 pieds de haut) […] Les compartiments de fret des camions avaient des portes doubles à l’arrière, comme celles sur un camion de déménagement. Ils étaient peints du gris de la Wehrmacht et semblaient parfaitement inoffensifs de l’extérieur. L’intérieur était revêtu de feuilles de zinc, et le plancher en métal était recouvert d’une grille en bois. Sous cette grille se trouvait un tuyau percé de trous, qui allait vers l’avant. À l’avant, attaché à l’échappement, il y avait un mécanisme qui permettait au gaz d’être redirigé par une conduite métallique en spirale jusqu’au tuyau […] À l’intérieur du compartiment se trouvait une lumière électrique. Quand elle était allumée, il était possible de voir l’intérieur du camion depuis la cabine du conducteur ».[3]

    Un mécanicien polonais, Bronislaw Falborski, qui travaillait dans un garage à Kolo, en Pologne, reçut l’ordre de réparer un camion à gaz. De son apparence, il se souvient : « Une fois, j’ai reçu l’ordre de réparer un véhicule qui servait à empoisonner avec des gaz […] Je pense que c’était pendant l’été 1942. Le véhicule faisait environ 2,50 m (8 pieds) de hauteur. Sa longueur était de 6 m (20 pieds), mais sa (largeur) probablement 2,50 m (8 pieds). Le véhicule était noir et avait la forme d’une boîte. Son toit était plat et rectangulaire jusqu’à ses parois. Je crois qu’il était doublé de tôle […] ».[4]

    Falborski expliqua la conception : « J’avais été chargé de la réparation. Elle consistait à remplacer une pièce entre la partie élastique du tuyau d’échappement et la partie qui menait à l’intérieur du véhicule. Je précise que le tuyau d’échappement ne consistait pas d’une seule pièce comme dans les véhicules normaux, mais de trois parties, où la partie médiane était élastique comme un tuyau. Ladite partie médiane pouvait soit être raccordée à un tuyau situé dans le plancher du véhicule, de sorte que les gaz d’échappement aillent dans l’habitacle du véhicule, soit vers la partie postérieure du tuyau d’échappement ; dans ce cas les gaz d’échappement passaient dans l’air comme avec un véhicule normal. Lorsque le véhicule nous fut apporté pour être réparé, la partie centrale du tuyau était connectée à l’intérieur du véhicule, mais cette partie médiane était abîmée, et on me donna l’ordre de la remplacer ».[5]

    Où étaient-ils utilisés ?

    Les camions à gaz étaient utilisés au camp d’extermination de Chelmno en Pologne et par les Einsatzgruppen à l’Est.

    NOTES

    [1] Matthias Beer, « The Development of the Gas-van in the Murder of the Jews » à l’adresse http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Holocaust/vans.html.

    [2] Shmuel Spector, « Gas Vans », Holocaust Encyclopedia (Macmillan, 1990), V2, p. 541.

    [3] Eugen Kogon, Hermann Langbein et Adalbert Rückerl, éditeurs, Nazi Mass Murder: A Documentary History of the Use of Poison Gas (Yale University Press, 1993), pp. 77, 86.

    [4] Santiago Alvarez et Pierre Marais, The Gas Vans: A Critical Investigation (Barnes Review, 2011), p. 351.

    [5] Santiago Alvarez et Pierre Marais, The Gas Vans: A Critical Investigation (Barnes Review, 2011), pp. 351-352.